POESIE

Vendredi 13 novembre 2009 5 13 11 2009 21:58

 



Des vastes mers tableau philosophique,
Tu plais au coeur de chagrins agité :
Quand de ton sein par les vents tourmenté,
Quand des écueils et des grèves antiques
Sortent des bruits, des voix mélancoliques,
L'âme attendrie en ses rêves se perd,
Et, s'égarant de penser en penser,
Comme les flots de murmure en murmure,
Elle se mêle à toute la nature :
Avec les vents, dans le fond des déserts,
Elle gémit le long des bois sauvages,
Sur l'Océan vole avec les orages,
Gronde en la foudre, et tonne dans les mers.


Mais quand le jour sur les vagues tremblantes
S'en va mourir ; quand, souriant encor,
Le vieux soleil glace de pourpre et d'or
Le vert changeant des mers étincelantes,
Dans des lointains fuyants et veloutés,
En enfonçant ma pensée et ma vue,
J'aime à créer des mondes enchantés
Baignés des eaux d'une mer inconnue.
L'ardent désir, des obstacles vainqueur,
Trouve, embellit des rives bocagères,
Des lieux de paix, des îles de bonheur,
Où, transporté par les douces chimères,
Je m'abandonne aux songes de mon coeur.

François-René de CHATEAUBRIAND   (1768-1848)

Par primavera
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Mardi 10 novembre 2009 2 10 11 2009 15:10




Cette fille de bois est venue sans marcher
La niña de maderano llegò caminando


                                           
                            Figure de proue


Cette fille de bois est venue sans marcher :
elle fut là soudain assise sur les briques,
de vieilles fleurs des mers avaient couverts sa tête,
son regard avait la tristesse des racines.


Elle resta à regarder nos vies offertes,
à nous voir être, aller, marcher, reprendre terre ;
le jour dégradait la couleur de ses pétales.
Elle veillait sans nous voir, la fille de bois.


La fille couronnée par les anciennes vagues
était là, nous regardant de ses yeux défaits :
sachant que nous vivons dans un filet lointain


de temps, de vagues, d'eau, et de sons et de pluie,
ignorant si nous sommes ou bien si c'est son rêve.
C'est la fille de bois dont j'ai conté l'histoire.


Pablo Neruda
( La centaine d'amour )

Par primavera
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 11 2009 17:03

 



Si tu parles aux murs, fais attention, je te préviens fais attention. Les murs sont comme ces plantes bizarres qui semblent fermées et quiètes. Mais ce n'est pas vrai. Un moment, ou l'autre, elles s'ouvrent subrepticement _ c'est toujours au contact d'une proie ingénue_ et elles se referment vous ayant happé irrémédiablement, et assimilé. Et vous êtes encore là à les regarder comme si rien ne s'était passé. Je vous en parle _  des murs _ et vous mets en garde, parce que j'en sais beaucoup sur leur comportement, moi qui suis ennemi déclaré des murs, et qui leur tiens des discours offensants, leur faisant entendre qu'ils ne sont pas de la race des portes et des fenêtres qui ont deux richesses : le dedans et le dehors. Les murs m'ont innoculé l'obsession du dehors.

Guy Levis Mano  ( 1904 - 1980 )
 ( Le Dedans et le Dehors )

Par primavera
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Samedi 7 novembre 2009 6 07 11 2009 11:14



Sous son chapeau mordoré
dort un champignon comestible
un connaisseur vient le cueillir
il meurt de façon horrible
ce végétal désespéré
s'était empoisonné


Le long d'un mur très long très long
dort une ortie innocente
un connaisseur vient la cueillir
on craint fort qu'il ne s'en repente
ce végétal n'est pas méchant
quand on l'attaque il se défend


au bout d'une branche alourdie
dort une pore grassouillette
un connaisseur vient la cueillir
il l'avale avec un insecte
ce végétal hospitalier
logeait à cheval et à pied


lorsque vous tendez la main vers
un végétal quelconque
réfléchissez quelques secondes
ne devenez pas daltonien
ne vous laissez pas prendre sans vert


Raymond Queneau  (1903 - 1976 )
Extrait de Battre la campagne

Par primavera
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Mercredi 4 novembre 2009 3 04 11 2009 14:40


Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.


A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.


Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !


Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.


Charles BAUDELAIRE   (1821-1867)

Par primavera
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