Amoureuse de la mer,je vis en Bretagne... passionnée de poésies,de lecture et d'Histoire...avec un grand H... sans oublier l'Italie !
" Ecrire pour le public, c'est une rude besogne où l'attention est toujours en éveil pour choisir et critiquer tous les éléments fournis par la sensibilité. Ecrire pour soi, c'est respirer " Sully Prudhomme .
Ce poète et philosophe, Prix Nobel de littérarure en 1901, homme pudique, aux délicatesses légendaires nous a livré dans son Journal intime de très belles Pensées, que je prends plaisir à relire de temps à autre.
Le Courtil des Senteurs à Quévert, près de Dinan dans les Côtes d'Armor, un joli nom poétique pour un endroit magique où il fait bon se promener et humer les diverses fragances qu'exhalent les roses et autres fleurs de ce parc..
Au temps où les plaines sont vertes,
Où le ciel dore les chemins,
Où la grâce des fleurs ouvertes
Tente les lèvres et les mains,
Au mois de mai, sur sa fenêtre,
Un jeune homme avait un rosier ;
Il y laissait les roses naître
Sans les voir ni s'en soucier ;
Et les femmes qui d'aventure
Passaient près du bel arbrisseau,
En se jouant, pour leur ceinture
Pillaient les fleurs du jouvenceau.
Sous leurs doigts, d'un précoce automne
Mourait l'arbuste dévasté ;
Il perdit toute sa couronne,
Et la fenêtre sa gaîté ;
Si bien qu'un jour, de porte en porte,
Le jeune homme frappa, criant :
"Qu'une de vous me la rapporte,
La fleur qu'elle a prise en riant !"
Mais les portes demeuraient closes.
Une à la fin pourtant s'ouvrit :
"Ah ! Viens, dit en montrant des roses
Une vierge qui lui sourit ;
"Je n'ai rien pris pour ma parure ;
Mais sauvant le dernier rameau,
Vois ! J'en ai fait cette bouture,
Pour te le rendre un jour plus beau."
René-François SULLY PRUDHOMME (1839-1907)